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La naissance d’un prince, la mort d’un roi.


Il y a 1 semaine et 2 jours, Dj Mehdi nous quittait subitement dans un accident.

Aux 6 coins de l’hexagone et ailleurs dans le monde, les hommages pour ce grand artistes se font entendre. Chacun témoigne de son attachement à ses oeuvres et à sa personne, par une phrase, une video ou des milliers de tweet. Mais toutes ces manifestations d’amour ne suffisent pas à combler le vide que nous laisse sa disparition. C’est un sentiment étrange ; je ne connaissais pas personnellement l’homme mais l’artiste fait partie intégrante de ce que je suis aujourd’hui. Le rap a ce pouvoir de toucher les esprits lorsque les textes sont cinglant ; dj Mehdi avec ses instrumentales soignées visait droit au coeur.

Sa collaboration avec Kery James au sein du groupe Ideal J à d’ailleurs marquée toute une génération. Pour moi, la particularité de ce groupe tient justement dans cette savante combinaison entre le rap engagé de Kery et la minutie du travail de Mehdi. Un contraste qui permet aux idées développées de prendre toute leur ampleur, exactement comme dans le morceau « Le ghetto français » qui expliquait en 1996 les raisons des problèmes en banlieue (raisons que les politiciens n’ont toujours pas saisis en 2011). C’est la profondeur de ces oeuvres qui me marquera pour toujours…

Mais au dela d’apporter des mélodies fortes, Mehdi a su nous proposer son son, ses mélodies précises mais dynamiques dont lui seul connaissait le secret ; ce qui en fait un artiste complet et accompli avec ses influences, ses envies et ses convictions. C’est aussi ce qui nous fera toujours dire à l’écoute de ses titres « ça, c’est du dj Mehdi… ».

Il est certains que sa famille et ses amis perdent un être cher, une grosse pensée vas pour eux.

 

Dj Mehdi c’est donc Ideal J avec d’autres morceaux mythiques comme « Hardcore« , « Le combat continue » ou « Un nuage de fumée« , mais c’est aussi la découverte de Rocé et la production du très bon album « Top départ », le succès reconnu des « princes de la ville » du 113, l’album de Karlito, sans oublier les collaborations avec Akhénaton, Fabe, Diam’s ou Booba. Et tout cela n’est que pour la partie rap car ensuite sa carrière solo dans l’électro en ferrai rougir plus d’un.

Un mix fait le soir de sa disparition, sans grande conviction mais avec un profond respect.
Merci Mehdi pour tout ce que tu nous as donné et laissé.

Le soir d’une disparition by François Di Dio

 

mix :
Dj Mehdi – my times my days + Kery james – la vie c’est
Rocé – On s’habitue
Fabe – Un nuage sans fin
Ideal J – le combat continu
Rocé – top départ
Rocé – pour l’horizon
Ideal J – Cash remix instru + Nas – Get down
Dj Mehdi – unhappy again
Dj Mehdi – Have fun
113 clan – Ca vien de chez nous
ideal J – Hardcore
Kery James – Combien

 

J’ai bien peur que nous soyons aliéné…

 

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Je pensais avoir trouvé l’un des textes les plus parfait du rap français. J’étais certain que la chanson « banlieusards » de Kery James, dont je parlais ici, était l’aboutissement d’une réflexion qui pourrait nous donner les clés de la réussite. Je croyais en son discours mobilisateur qui pouvait guidée une génération issue des « quartiers (ou la vie est) difficiles » sur un chemin sain et victorieux.
Tout semblait parfait, Kery James avait réaffirmé le fait que la vie d’un banlieusard est difficile, qu’il doit indéniablement surmonter de nombreux obstacles pour parvenir à ses fins. Mais il avait aussi mis en avant le fait que cet effort nécessaire, devait le rendre plus motivé et satisfait de sa réussite.

Mais tout cela, c’était sans compter sur le texte de Gaël Faye du groupe Milk Coffee & Sugar. Celui ci répond au titre de Kery James avec un point de vue radicalement opposé mais tout autant convaincant. Pour Gaël, le message de Kery n’apporte pas de réelle solution et semble même plutôt déplacé : « Maintenant le rap prend des allures d’un sermon de DRH, il nous encourage à faire carrière et gagné des sous. De boire toutes ces conneries fait mal au crane, vite faut qu’on dessaoule ».

A l ‘écoute du morceau, on se rend très vite compte que l’ensemble du morceau « banlieusard » est contestable. De part le simple fait que le message galvanisant de Kery James à destination de toute une génération s’inscrit dans un système qui est à l’origine même de ses problèmes. En effet, en proposant aux jeunes de faire carrière, paradoxalement il les incite à faire parti d’un système qui les a mis à l’écart. Même s’il s’efforceront surement de ne pas reproduire les mêmes oppressions s’ils réussissent, ils devront dans un premier temps accepter les règles dictées par d’autres.

Finalement, c’est peut être Gaël Faye qui a raison. Nous sommes condamné à l’échec, tant que nous évoluerons dans cette société formatée. On a beau croire avoir la solution, on se dit qu’en réussissant ses études on pourra déjouer le système et leur prouver que le succès est plus une question d’effort que de réussite. Mais en faisant cela, nous aurons simplement suivit le chemin qu’ils avaient tracé. Ils auront réussi à faire de nous des « soldats au compte chèque solvable ».

« Sans déclarer la guerre, il a vaincu nos rhétoriques.
Le capital est dans nos têtes et nous fait l’amour torride.
Leur système à la con nous prépare à la compèt’.
Ils vous parlent de réussite, je vous parle de conquêtes.

Je n’accepterais jamais les règles qu’ils ont fabriquées.
Je n’accepte que les rêves que mon cœur veut abriter. »

Ces 6 phrases sont la synthèse d’un triste constat. Nous sommes tellement imprégné par ce système bien ficelé que la principale solution que nous trouvons pour y échapper est d’y participer.

Pour autant, je ne rejette pas le message de Kery James. Le parcours de cet artiste me laisse croire que son texte est le fruit d’une réflexion de plusieurs années. A travers son texte il a d’abord la volonté de remotiver une jeunesse perdue. Certes, le combat contre le système tout entier est nécessaire, mais il paraît tellement difficile. Dès notre naissance nous en faisons partie, leurs reportages et leurs écoles nous condamnent à ne pas en sortir.

Finalement, même si ces deux chansons se répondent, Gaël Faye et Kery James abordent les maux de notre société sous deux angles différents. Contrairement à ce qu’il peut paraître, je ne suis pas certains que ces deux visions soient contradictoires. Leur confrontation pose la grande question : est il plus facile de changer un système de l’intérieur ou de l’extérieur ? Aujourd’hui, j’ai bien l’impression qu’il nous est pratiquement impossible de ne pas en faire partie.
Je serai tenté de dire que la motivation et le désire de réussite que transmet Kery est plus que nécessaire pour notre génération, pour autant, nous devons garder en mémoire le message de Gaël. Il nous rappel, l’extrême perversité du monde qui nous entoure, ainsi que la vigilance et la résistance dont nous devons faire preuve.

Le message

J’affirme que le rap est une musique qui encourage à la réflexion et porteuse de messages forts. Il est toujours intéressant de voir comment les rappeurs prennent en main un sujet et y injectent leur personnalité, leur expérience et leur musicalité pour en donner une nouvelle vision. Parmi toutes les musiques, le rap est l’une des seules à donner autant d’importance à l’effort d’écriture. Un rappeur est avant tout un écrivain, avant de clamer ses paroles il doit les écrire et hors de question de les faire chanter par un autre. C’est à mon sens l’une des choses qui font que les rappeurs sont indéniablement des artistes : ils créent.

Kery James en est un très bon exemple. Ce rappeur français possède une carrière impressionnante qui le hisse sans souci parmi les plus grands représentant du rap français. En ayant commencé à écrire et chanter à l’âge de 12 ans, il a grandit avec cette musique et sa musique a grandit avec lui. Ses albums, ses mélodies et son discours ont maintes fois changé pour suivre le parcours d’une vie. Tout comme son esprit, ses textes ont muri, il se sont assagit. Si autrefois Kery James n’hésitait pas remettre en cause le système à coup de grandes menaces, ces dernières années il semble s’y être pris totalement autrement. En effet, à travers son premier album solo en 2001, il s’est efforcer de revenir sur « « son passer de voyou » » ; non pas pour le sublimer mais pour expliquer ses erreurs. L’album portait d’ailleurs bien son nom : « Si c’était à refaire… (…assurément je ferai autrement) ». 2 albums plus tard, Kery James décide d’être plus direct dans le message qu’il souhaite faire passer aux jeunes générations.

Il ne parle plus seulement de lui même, mais il parle d’eux. Eux, ces jeunes de banlieue dont il (a) fait parti et dont il souhaite la plus grande réussite. Eux, dont le lieu de résidence est déterminant dans le rapport aux autres… eux, ces « banlieusards ». C’est d’ailleurs le titre qu’il a choisi pour l’un de ses plus beaux morceaux. A l’écoute de ce texte on ne peut qu’être touché par les mots du chanteur. Sa technique d’écriture lui permet de mettre en évidence des problèmes de société trop souvent occultés et son phrasé (ou flow) leur donne une résonnance impressionnante. C’est sur scène, devant les principaux intéressés que le morceau prend toute son ampleur. Car ce qui fait aussi l’originalité de cette chanson c’est qu’elle est revendicatrice mais ne s’adresse pas à l’Etat, elle s’adresse aux contestataires eux même pour les motiver. Un message qui fait du bien à entendre pour un jeune de banlieue comme moi (mais surement pour d’autres aussi).


Kery James- live sur France 3
envoyé par 454514-kelkun. – Regardez d’autres vidéos de musique.


Kery james (banlieusard) live2009!!!olympia
envoyé par dadouskof. – Clip, interview et concert.

Pour Kery, il ne fait aucun doute que les banlieusards sont défavorisés dans cette société. Se sont les victimes d’un concept qui a bien mal vieilli. Le temps ou nos grands parents venaient en région parisienne pour trouver du travail et habiter dans de beaux immeubles bien équipés est révolu. Désormais, les immeubles sont délabrés par le temps (à l’intérieur en tout cas, car l’extérieur est régulièrement repeint pour ne pas gêner les passants), et le périphérique n’a jamais autant ressemblé à la muraille. Comment un banlieusard peut il prétendre au même avenir qu’un jeune parisien lorsqu’on lui fait comprendre que ses diplômes ont moins de valeur et qu’il a surement grandi dans un milieu de délinquance, dans cette deuxième France « celle de l’insécurité, des terroristes potentiels, des assistés » ?

Un petit problème de mathématique pour donner un exemple à ce manque d’égalité :
-> Soit Richard, un cadre dirigeant d’une grande entreprise française, qui sait que sa société entreprise n’embauche que des jeunes diplômés de la grande école X.
-> Sachant que cette école X coûte 7000 euros l’année.
-> Sachant que Paul, 18 ans, reçoit 100 euros d’argent de poche par mois et que ses parents lui versent tous les 6 mois 500 euros sur sont livret A, depuis l’âge de 6 ans.
-> Sachant que Marc, 18 ans, ne reçoit pas d’argent de poche et n’a pas de livret A. Mais qu’il travaille 10h par semaine pour gagner 300 euros, et dépense 250 euros pour payer son abonnement téléphonique, sa carte de transport et le prêt de son ordinateur pour les cours.
-> Combien de temps faudra t il a Paul et Marc pour payer l’école X ?
Peut on dire que les chances de Paul sont égales à celle de Marc face à la décision de Richard ?

Mais à l’inverse de ce qu’on pourrait penser, Kery James fait de ces dures réalités, des avantages. Parce qu’il ne faut surtout pas oublier que ces conditions sont subit et non pas voulues ; de l’endroit où l’on habite jusqu’à sa nationalité pour certains : « Français parce que la France a colonisé mes ancêtres. ». Ces conditions difficiles doivent donc être acceptées et considérées comme un moyen plutôt qu’une fin.
En effet, Kery James clame « Je ne suis pas une victime mais un soldat ». Pour lui, ce sont aux banlieusards de se prendre en main et de faire valoir le fait que leur parcours est, au contraire, bien plus gratifiant que celui des autres. Parce que, ce qu’ils ont réussi à obtenir, ils ont du le gagner par eux même. « Je n’attend rien du système, je suis un indépendant, j’aspire à être gagnant donné perdant. ». En effet, ces mauvaises conditions de départ ne doivent pas être un prétexte mais une raison. C’est elle qui doit nous pousser à faire l’effort d’être meilleur et de prouver que la reproduction du schéma social que le système a planifié n’aboutira pas.

« Même s’il me faut 2 fois plus de courage, 2 fois plus de rage. Car y’a 2 fois plus d’obstacles et 2 fois moins d’avantage.
Et alors ?! Ma victoire aura 2 fois plus de goût. Avant de pouvoir la savourer, je prendrai 2 fois plus de coups. Les pièges sont nombreux, il faut que je sois 2 fois plus attentif, 2 fois plus qualifié et 2 fois plus motivé. »

Vous l’aurez donc compris, ce texte me parle de part l’originalité du message. Il ne convient plus de refuser le système dans lequel nous vivons mais il faut l’accepter et l’utiliser comme moteur de la réussite. C’est aux banlieusards de se hisser au plus haut pour faire entendre leurs voix. Qu’ils prennent enfin la parole mais qu’ils le fasse désormais sans passer pour des clowns.
Mais toute cette réflexion c’était sans compter sur la découverte toute récente du morceau «Alien» de Milk Coffee & Sugar, dont je parlerai incessamment sous peu.

Vous avez vos réponses, moi j’ai des questions pour elles.

Rocé fait parti de ces artistes qui rendent infime la frontière entre le rappeur et le poète.

Un ton juste et des écris travaillés qui lui permettent de mettre à jour des vérités aussi troublantes par leur simplicité que par leur originalité. Le titre « Des questions à vos réponses » illustre bien la force de ses réflexions.

Dans une société conditionnée et reconditionnée, où la télévision s’impose comme une source d’information incontestable, où rien n’ai remis en cause : « Mais si je l’ai vu à la télé ! » ; Rocé ose dire que la question est plus vénérable que la réponse…

Les réponses sont souvent données trop rapidement et ne restent fondées que sur des on-dit. Il semble qu’aujourd’hui plus il y a de personnes qui disent la même chose, plus leur voix s’impose en réalité. Et l’effet boule de neige fait d’un préjugé une vérité certifiée.
Paradoxalement, il est clair que les individus ne sont pas tous égaux dans ce système. Une voix n’est jamais égale à une autre. Les élections ou les manifestations sont un exemple frappant de ce déséquilibre. En effet, les vérités des revendicateurs désorganisés (mais néanmoins légitimes) sont toujours plus difficiles à entendre que les réponses des représentants sur d’eux, tout de costume vêtu, ayant appris 16 fois et demi leur texte. Mais « l’assurance cache le visage de la stupidité ».

2 seules solutions semblent utiles pour contrer ce phénomène. Rocé le réclame fort : le droit à l’hésitation et la nécessité du questionnement. C’est vrai ça ! Pourquoi ne pourrait on pas tout remettre en cause ? Il y a sûrement une juste milieu entre la confiance que l’on a dans certaines informations et la remise en cause d’autres idées préconçues.

En fait, la vérité est sûrement que les questions gênent, et pas seulement les questions pertinentes… Parce que quelqu’un qui pose une question est quelqu’un qui cherche à comprendre. Mais un peuple est si facile à gouverner, un employé est si facile à diriger, un client est si facile à appâter lorsqu’il ne comprend pas…
On nous fait croire que « poser le doute est mal poli ». Mais en réalité « se questionner c’est désobéir. »

« Je veux être celui qui garde le doute quand les autres le gèlent. Vous avez vos réponses, moi j’ai des questions pour elles. »