La théorie du Ouaa ! – Apple et Google

Le secteur des nouvelles technologies est fascinant. Son dynamise et les remises en question perpétuelles qu’il impose à ses acteurs, nous offre un spectacle parfois très intéressant. Il pourrait facilement être comparé à un jeu d’échec au travers duquel s’affrontent et s’allient différents joueurs. Les deux plus grands stratèges aujourd’hui sont sans conteste Apple et Google. Tout deux affichent des résultats extraordinaires et s’affirment à coup de recherches et de développements. Bien que leurs domaines de compétence produit et service soient différents en de nombreux points, ces deux entreprises semblent se retrouver de plus en plus dans une situation de concurrence directe. En effet, il était et il sera inévitable que ces deux firmes s’opposent puisque chacune défend sa vision particulière de ce que doit être le monde technologique de demain.

Il semble qu’elles s’entendent sur le fait que les outils technologiques de demain seront « hyper-synchronisés », tous communiqueront ensemble et nous permettront d’avoir accès aux mêmes informations, que nous soyons devant notre bureau, sur notre canapé, dans la rue ou dans une voiture. Mais alors qu’Apple mise sur l’omniprésence de l’objet pour y parvenir, Google choisi de les dématérialiser en mettant l’accent sur le développement des services en ligne. L’un conçoit et vend des machines avec leur système d’exploitation spécifique. L’autre propose gratuitement des services pour exploiter des données (personnelles ou publics) où que l’on soit et en tire profit grâce à la publicité. Poursuivant ainsi l’objectif suprême de dématérialiser l’utilisation des outils informatiques en donnant d’avantage d’importance aux données qu’aux objets.

Mais cette bataille conceptuelle n’est pas l’unique qui oppose ces deux acteurs.

Leurs façons même dont elles choisissent de déployer leur concept sont totalement différentes et génèrent des réactions très diverses chez les utilisateurs ; c’est ce qui m’intéresse aujourd’hui.

On le sait bien pour Apple, le tout est de garder au maximum le secret sur ce qui se développe, l’objectif étant de pouvoir créer un véritable évènement autour d’une sortie. Ainsi, lorsque Steve Jobs monte sur scène et sort de sa poche le nouvel objet révolutionnaire, nous découvrons dans le même quart d’heure : son design, ses caractéristiques, ses fonctions… autant de nouveautés d’un seul coup qui provoque un « Ouaaaaaaaa » général dans l’assemblée, suivi de « C’est génial ! Je suis sur que je vais pouvoir faire plein de truc avec ça ! »

Pour Google, la stratégie est tout autre. La firme joue la « transparence » sur les développements en faisant participer au maximum les internautes. A peine imaginés les nouveaux services leur sont mis à disposition (parfois même en version bêta avec Google Labs). Ils peuvent ainsi, les prendre en main dès les premiers instants et découvrir pas à pas le potentiel d’actions qu’ils offrent. Chacune d’entre elles provoque donc un petit « Ouaa » devant de la révolution qu’elle offre, et l’utilisateur passe rapidement de l’imagination à l’utilisation :

  • « Ouaa ! Je peux me déplacer virtuellement dans la rue avec Google Street View. »
  • « Ouaa ! Je peux gérer mes agendas et les croiser avec ceux de mes amis sur Google Agenda. »
  • « Ouaa ! Je peux travailler à plusieurs et à distance sur un document texte avec Google Document. »
  • « Ouaa ! Je peux facilement créer des objets 3D avec SketchUp. » etc…

Certes l’impacte de chaque sortie est moindre par rapport à une communication à la manière d’Apple, mais le choix de Google permet aux utilisateurs de prendre en main, à leur rythme, les outils qui leur sont proposés et de comprendre leur inter-connectivité. C’est cette approche progressive qui provoque ensuite un grand « Ouaaaaaaaa » lorsque l’on s’aperçoit que les pouvoir de ses services sont décuplés par un système d’exploitation (Android, Google TV ou bientôt Chrome OS).

En effet, ce qui me fascine le plus dans l’approche de Google, c’est la façon dont la firme sème, l’aire de rien, ses différents services et en un coup de baguette les relis entre eux pour décupler leur potentiel. C’est l’existence d’un service qui permet la sortie d’un second encore plus bluffant.

  • Sur Androïd, grâce à Google Image, Google Goggles reconnaît les objets pris en photo.
  • Sur Androïd, grâce à Google Street View, Google Navigation affiche la photo des rues importantes de chaque trajet en voiture.
  • Sur Google TV, YouTube devient un véritable chaine de télévision.

On peut donc se demander s’il est préférable pour une entreprise de générer un grand « Ouaaaaaaa » à un instant t ou plusieurs petits « Ouaa » au fil du temps. Il est pour l’instant délicat de s’avancer en affirmant que l’une des deux stratégies est meilleure. Au vu du nombre croissant de clients pour ces deux firmes, il est certain que ces pratiques sont toutes deux concluantes. Mais il est remarquable que, par cette technique, Google parvient à s’implanter dans le paysage informatique de façon subtile. Pas à pas, la firme place ses services innovants. Leur évolution et multiplication rapide lui permettent de s’imposer comme incontournable pour de nombreuses actions : chercher son chemin, traduire un mot, rechercher une image ou simplement naviguer sur internet… imaginez un monde sans Google aujourd’hui…! Impossible ?! Et bien demain cela risque d’être pire.

Entre deux inventeurs, le plus innovant n’est pas forcément le plus bruyant…

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