Le message

J’affirme que le rap est une musique qui encourage à la réflexion et porteuse de messages forts. Il est toujours intéressant de voir comment les rappeurs prennent en main un sujet et y injectent leur personnalité, leur expérience et leur musicalité pour en donner une nouvelle vision. Parmi toutes les musiques, le rap est l’une des seules à donner autant d’importance à l’effort d’écriture. Un rappeur est avant tout un écrivain, avant de clamer ses paroles il doit les écrire et hors de question de les faire chanter par un autre. C’est à mon sens l’une des choses qui font que les rappeurs sont indéniablement des artistes : ils créent.

Kery James en est un très bon exemple. Ce rappeur français possède une carrière impressionnante qui le hisse sans souci parmi les plus grands représentant du rap français. En ayant commencé à écrire et chanter à l’âge de 12 ans, il a grandit avec cette musique et sa musique a grandit avec lui. Ses albums, ses mélodies et son discours ont maintes fois changé pour suivre le parcours d’une vie. Tout comme son esprit, ses textes ont muri, il se sont assagit. Si autrefois Kery James n’hésitait pas remettre en cause le système à coup de grandes menaces, ces dernières années il semble s’y être pris totalement autrement. En effet, à travers son premier album solo en 2001, il s’est efforcer de revenir sur « « son passer de voyou » » ; non pas pour le sublimer mais pour expliquer ses erreurs. L’album portait d’ailleurs bien son nom : « Si c’était à refaire… (…assurément je ferai autrement) ». 2 albums plus tard, Kery James décide d’être plus direct dans le message qu’il souhaite faire passer aux jeunes générations.

Il ne parle plus seulement de lui même, mais il parle d’eux. Eux, ces jeunes de banlieue dont il (a) fait parti et dont il souhaite la plus grande réussite. Eux, dont le lieu de résidence est déterminant dans le rapport aux autres… eux, ces « banlieusards ». C’est d’ailleurs le titre qu’il a choisi pour l’un de ses plus beaux morceaux. A l’écoute de ce texte on ne peut qu’être touché par les mots du chanteur. Sa technique d’écriture lui permet de mettre en évidence des problèmes de société trop souvent occultés et son phrasé (ou flow) leur donne une résonnance impressionnante. C’est sur scène, devant les principaux intéressés que le morceau prend toute son ampleur. Car ce qui fait aussi l’originalité de cette chanson c’est qu’elle est revendicatrice mais ne s’adresse pas à l’Etat, elle s’adresse aux contestataires eux même pour les motiver. Un message qui fait du bien à entendre pour un jeune de banlieue comme moi (mais surement pour d’autres aussi).


Kery James- live sur France 3
envoyé par 454514-kelkun. – Regardez d’autres vidéos de musique.


Kery james (banlieusard) live2009!!!olympia
envoyé par dadouskof. – Clip, interview et concert.

Pour Kery, il ne fait aucun doute que les banlieusards sont défavorisés dans cette société. Se sont les victimes d’un concept qui a bien mal vieilli. Le temps ou nos grands parents venaient en région parisienne pour trouver du travail et habiter dans de beaux immeubles bien équipés est révolu. Désormais, les immeubles sont délabrés par le temps (à l’intérieur en tout cas, car l’extérieur est régulièrement repeint pour ne pas gêner les passants), et le périphérique n’a jamais autant ressemblé à la muraille. Comment un banlieusard peut il prétendre au même avenir qu’un jeune parisien lorsqu’on lui fait comprendre que ses diplômes ont moins de valeur et qu’il a surement grandi dans un milieu de délinquance, dans cette deuxième France « celle de l’insécurité, des terroristes potentiels, des assistés » ?

Un petit problème de mathématique pour donner un exemple à ce manque d’égalité :
-> Soit Richard, un cadre dirigeant d’une grande entreprise française, qui sait que sa société entreprise n’embauche que des jeunes diplômés de la grande école X.
-> Sachant que cette école X coûte 7000 euros l’année.
-> Sachant que Paul, 18 ans, reçoit 100 euros d’argent de poche par mois et que ses parents lui versent tous les 6 mois 500 euros sur sont livret A, depuis l’âge de 6 ans.
-> Sachant que Marc, 18 ans, ne reçoit pas d’argent de poche et n’a pas de livret A. Mais qu’il travaille 10h par semaine pour gagner 300 euros, et dépense 250 euros pour payer son abonnement téléphonique, sa carte de transport et le prêt de son ordinateur pour les cours.
-> Combien de temps faudra t il a Paul et Marc pour payer l’école X ?
Peut on dire que les chances de Paul sont égales à celle de Marc face à la décision de Richard ?

Mais à l’inverse de ce qu’on pourrait penser, Kery James fait de ces dures réalités, des avantages. Parce qu’il ne faut surtout pas oublier que ces conditions sont subit et non pas voulues ; de l’endroit où l’on habite jusqu’à sa nationalité pour certains : « Français parce que la France a colonisé mes ancêtres. ». Ces conditions difficiles doivent donc être acceptées et considérées comme un moyen plutôt qu’une fin.
En effet, Kery James clame « Je ne suis pas une victime mais un soldat ». Pour lui, ce sont aux banlieusards de se prendre en main et de faire valoir le fait que leur parcours est, au contraire, bien plus gratifiant que celui des autres. Parce que, ce qu’ils ont réussi à obtenir, ils ont du le gagner par eux même. « Je n’attend rien du système, je suis un indépendant, j’aspire à être gagnant donné perdant. ». En effet, ces mauvaises conditions de départ ne doivent pas être un prétexte mais une raison. C’est elle qui doit nous pousser à faire l’effort d’être meilleur et de prouver que la reproduction du schéma social que le système a planifié n’aboutira pas.

« Même s’il me faut 2 fois plus de courage, 2 fois plus de rage. Car y’a 2 fois plus d’obstacles et 2 fois moins d’avantage.
Et alors ?! Ma victoire aura 2 fois plus de goût. Avant de pouvoir la savourer, je prendrai 2 fois plus de coups. Les pièges sont nombreux, il faut que je sois 2 fois plus attentif, 2 fois plus qualifié et 2 fois plus motivé. »

Vous l’aurez donc compris, ce texte me parle de part l’originalité du message. Il ne convient plus de refuser le système dans lequel nous vivons mais il faut l’accepter et l’utiliser comme moteur de la réussite. C’est aux banlieusards de se hisser au plus haut pour faire entendre leurs voix. Qu’ils prennent enfin la parole mais qu’ils le fasse désormais sans passer pour des clowns.
Mais toute cette réflexion c’était sans compter sur la découverte toute récente du morceau «Alien» de Milk Coffee & Sugar, dont je parlerai incessamment sous peu.

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